Au fil des mots...

Poèmes

Baudelaire - A une passante

le 24/11/2006 à 22h47

A une passante


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?
 
Ailleurs, bien loin d’ici ! trop tard ! peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais !

J. Prévert - Pour toi mon Amour

le 07/12/2006 à 16h24

Pour toi, mon Amour

 

Je suis allé au marché aux oiseaux,

Et j'ai acheté des oiseaux,

Pour toi,

Mon Amour.

 

Je suis allé au marché aux fleurs,

Et j'ai acheté des fleurs,

Pour toi,

Mon Amour.


Je suis allé au marché à la ferraille

Et j'ai acheté des chaînes,

De lourdes chaînes,

Pour toi,

Mon Amour.


Et puis je suis allé au marché aux esclaves,

Et je t'ai cherché,

Mais je ne t'ai pas trouvée

Mon Amour.

Verlaine - Mon rêve familier

le 12/12/2006 à 23h33

Mon rêve familier


Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant,

D'une femme inconnue, et que j'aime et qui m'aime,

Et qui n'est chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.


Car elle me comprend, et mon coeur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.


Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.

Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore

Comme ceux des aimés que la Vie exila.


Son regard est pareil au regard des statues

Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

Verlaine - Chanson d'automne

le 22/01/2007 à 13h48

 Chanson d'automne


Les sanglots longs

Des violons

De l'automne

Blessent mon coeur

D'une langueur

Monotone.



Tout suffoquant

Et blême quand,

Sonne l'heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.



Et je m'en vais

Au vent mauvais

Qui m'emporte,

De ça, de là,

Pareil à la

Feuille morte.

Je voudrais être...

le 02/09/2007 à 18h15

"Je voudrais être :


Sourire, pour illuminer ton visage,


Soleil, pour brunir ta peau,


Vent, pour caresser ton corps,


Pluie, pour ruisseler sur tes joues,


Mot, pour jouer avec tes lèvres,


Amour, pour naître dans ton coeur,


Feu, pour brûler dans ton corps,


Larme, pour naître dans tes yeux, vivre sur tes joues et mourir sur tes lèvres.


Mais...je ne suis qu'une fille et toi...


Toi tu n'es qu'un rêve qui me tourmente..."

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